Commérages entre femmes |
En tout temps, en tout lieu, ça jacasse comme des pies ! |
| Par Blaise Akame. Le 2011-09-15 14:07:54 |
| Interdire aux femmes de commérer serait leur interdire de respirer. Car les potins, elles adorent ça. L’on finit par croire que le cliché affirmant que les femmes ne peuvent pas tenir leur langue pendant plus de 47 heures et 15 min, n’est pas loin de la vérité. Les femmes ne peuvent pas garder un secret. Après 48 heures, elles doivent le raconter, c'est plus fort qu'elles. Que ce soit dans un atelier de coiffure, dans un taxi, au coin de la rue, au marché, sur le campus, au boulot même à l’église, ça parle et ça parle toujours. Les affaires de cœur d’autrui, les problèmes personnels, sont les sujets de commérages les plus populaires au détriment des questions de l’heure. Et les étiquettes sont entre autres : « il couche avec sa bonne », « elle se tape le petit ami de sa meilleure amie », « elle s’envoie en l’air avec son directeur », « c’est une raseuse », « la pute du quartier », « la bombe sexuelle », « le miel des âmes en soirée », « la gbasseuse du mari d’autrui », « le distributeur automatique du Vih/ Sida », etc |
« Je les ai vus de mes propres yeux, j’ai entendu les gémissements en live, ce n’est pas des bobards (...) », martelait avec insistance Da Yovo, racontant ainsi une histoire à sa copine Louise, toutes deux revenant du marché situé à l’angle de la rue.
Le sujet principal ? Un mari qui trompait sa femme en pleine journée avec la bonne, une domestique devenue « une bonne à tout faire », selon la rapporteuse.
Après quelques heures, l’on finit par apprendre que le chauffeur du Monsieur en question a dû revenir à la maison vers 11 heures avec la voiture de son patron, muni des pansements, sur ordre de celui-ci, pour soigner la domestique gravement blessée à la jambe. L’alerte a été donnée par le vigile de la maison. Ne peut-on pas distinguer un cri de douleur de celui d’une jouissance ?
En voici un autre témoignage d’une jeune femme mariée parmi celles interrogées ( un peu plus bas) et qui a son mari au Canada.
« J'ai récemment appris que mes voisines pensent que j'ai deux amants! Mais en fait, le premier est mon cousin, l'autre un très vieil ami dans une mauvaise passe qui vient de temps en temps chez moi boire un verre et papoter. C’est dingue, ces commérages, je passe pour une pétasse alors que je suis ultra fidèle et que j'aime juste avoir du monde (potes, copines) à la maison plutôt qu'au bistro de peur que quelqu’un le rapporte à mon mari à l’étranger ! Je comprends maintenant pourquoi mon chéri a trouvé qu’elles étaient bizarres quand il était de retour et les a croisées l’autre jour. Elles devaient se foutre de lui en se disant qu’il se fait cocufier ! Ce n’est pas parce que j’ai mon mari qui vit à l’étranger que je m’envoie en l’air avec toute la ville de Lomé. Un peu d’ouverture d’esprit. Les gens de mon âge peuvent avoir des amitiés avec des gens du sexe opposé sans pour autant coucher avec... »
Voilà deux exemples parmi tant d’autres qui font l’objet de fausse information servie par nos mamans et nos sœurs à longueur de journée. Et ces femmes racontent ces ragots de préférence à leur homme, ensuite à leurs meilleures amies puis leurs mamans.
Qu’est-ce qui explique cette envie irrésistible de raconter n’importe quoi à n’importe qui ?
Selon une étude menée par Togo en vogue, sur 100 femmes togolaises, 65% affirment ne pas savoir quoi faire de cette information. Par conséquent, la divulguer serait mieux. 75% estiment détenir l’exclusivité de cette info, alors la partager avec les autres ferait un scoop.
45% avouent qu'elles ne peuvent pas garder un secret ou une rumeur, peu importe à quel point l'information est personnelle ou intime.
42% des femmes trouvent admissible de raconter le secret d'une amie si la personne ne la connaît pas. Par contre, plus de 40% considèrent leur homme comme leur seul et vrai ami intime, auquel elles osent tout raconter.
De nos jours, les institutions de micro finance offrent plusieurs avantages aux femmes qui n’ont pas eu cette chance de travailler dans la fonctions publique et des sociétés privées, tout en leur octroyant des micro crédits pouvant leur permettre d’entreprendre de petits commerces, des activités qui doivent naturellement les occuper.
Mais le constat est qu’après le départ des hommes au boulot et les enfants à l’école, ces dernières se retrouvent illico chez leurs voisines ou copines et hop, le « kpakpato » commence. Ironie du sort, ces commérages demeurent les causes profondes des problèmes conjugaux, conduisant parfois à un fiasco. Ceci, parce qu’une femme désespérée s’est confiée à sa supposée meilleure amie qui n’a trouvé mieux que de sonner la trompette.
Il suffit juste d’un « as-tu appris la nouvelle ?, « affaire-moi ma copine », « affaire sur batterie », « affaire.com », « info tout frais tout chaud »...pour que tout le quartier soit au courant de l’histoire. « Secret d’africain » de Magic System en est une illustration. Même une conférence de presse ne serait pas aussi efficace.
La plupart du temps, l’on peut apercevoir des femmes en train de discutailler et raconter des dérives de M. Richard, des aventures de Mlle Sika, la nouvelle venue dans le quartier...mais, jamais des questions relatives à l’épanouissement de la jeune fille, la scolarisation des enfants, l’engagement de la femme dans le processus de développement, les défis à relever par ces dernières et autres.
Au finish, c’est pour se plaindre qu’elles sont marginalisées ou écartées des instances dirigeantes. Nos sœurs, nos mamans, si vous essayiez d'arrêter vos « lègèdè », vos « akpasmandi » ?.