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Par La rédaction. Le 2011-01-03 16:34:19

Politique

Le mal togolais est profond : il faut s'attaquer à la racine pour éviter d'avoir l'air de chercher à guérir un malade du cancer avec le doliprane

Dans cet entretien Me Yawovi Agboyibo, nous parle de ce qu’il faut attendre du dialogue en vue, entre les acteurs politique du pays ; Il y aborde également la question, des injustices sociales, surtout des racines profondes du mal togolais, de l’urgence pour l’opposition de mener de front la lutte pour l’amélioration du cadre électoral et le combat pour les réformes de nature à remédier aux discriminations en matière de répartition des ressources nationales et à la détérioration persistante des conditions de vie des Togolais
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Depuis le dernier scrutin présidentiel du 04 mars, mis à part un entretien que vous avez accordé à un journal de la place au sujet de la refondation de la république, on ne vous a plus entendu. Nous savons que c’est grâce à vous que les législatives de 2OO7, organisées pendant la transition que vous avez dirigée, ont eu un franc succès. Effets collatéraux du succès de ces législatives sont, entre « la reprise de la coopération et il n’y a pas longtemps l’atteinte du point d’achèvement du processus PPTE (pays pauvres très endettés). Malgré les quelques retombées financières, il est a constaté que, la situation au plan social est toujours alarmante, avec la persistance de la détérioration des conditions de vie des populations en milieux ruraux et urbains. Les Togolais placent un grand espoir dans le dialogue national en perspective et espèrent que vous y contribuerez avec votre expérience de connaisseur de la vie politique nationale

Je le ferai avec plaisir. Un dialogue national est une entreprise collective. Chacun doit y apporter sa pierre. J’y apporterai volontiers la mienne par le canal de notre parti, le CAR.

Au regard de la situation politique et sociale actuelle, quels doivent être selon vous les enjeux fondamentaux du nouveau dialogue national ?
Le dialogue national en perspective n’est pas à mon avis un dialogue nouveau. Il s’agit plutôt d’un dialogue d’application des dispositions en suspens de l’Accord Politique Global (APG) de 2006, notamment du point III où le parti RPT au pouvoir s’était engagé, à l’égard de l’opposition et des autres parties prenantes aux discussions, à opérer " les réformes visant à consolider la démocratie, l’Etat de droit et la bonne gouvernance". Par ‘’bonne gouvernance’’, il faut évidemment comprendre « la gouvernance aussi bien politique que sociale ».

Le dialogue à l’horizon devra donc se conformer à ces dispositions de l’APG en inscrivant à son ordre du jour, à la fois les réformes aux enjeux démocratiques et politiques, notamment les améliorations à apporter au cadre électoral et les réformes aux enjeux sociaux, c'est-à-dire, celles qui doivent assurer une répartition équitable des ressources nationales.

Qu’est-ce à dire ?
Me Agboyibo : Il n’y a pas de doute que le cadre électoral en vigueur a besoin d’être réaménagé sur plusieurs points, tels que ceux concernant la composition des institutions chargées de l’organisation et du contrôle des élections (CENI, HAAC, Cour Constitutionnelle), les conditions d’éligibilité aux divers scrutins, le découpage électoral, le mode de scrutin présidentiel, le type de suffrage…

Mais, ces réaménagements, quels qu’ils soient, ne peuvent pas, par eux seuls, sortir le pays de la crise socio-politique. Les parties signataires de l’APG en étaient conscientes. Elles savaient que le problème togolais n’est pas simplement électoral. C’est pour cela qu’elles s’étaient accordées, au cours du dialogue de 2006, sur la nécessité des réformes pour la bonne gouvernance politique et socio-économique. Bien avant ce dialogue, plus précisément lors de la première rencontre que le Gouvernement a eue en 2004 avec les partis politiques à propos de la mise en œuvre des 22 engagements, j’ai fait observer, à ceux qui voulaient aborder les discussions uniquement sous l’angles des réformes du cadre électoral, que le mal togolais est profond, qu’il faut s’attaquer à sa racine pour éviter d’avoir l’air de « chercher à guérir un malade atteint du cancer avec le doliprane ».

Elle consiste en quoi la racine du mal togolais?
Je n’ai pas entretenu du mystère là-dessus lors de la rencontre dont je viens de faire état, malgré les diatribes véhémentes que j’ai subies de la part de plusieurs participants du bord du parti au pouvoir, principalement de M. Akila Esso Boko.

J’avais déclaré que la racine des déchirements, de notre tissu social et du marasme socio-économique que vit le pays, c’est la confiscation par une minorité, du bien commun que sont les ressources nationales, qu’il s’agisse de l’accès aux emplois publics, de la promotion à des postes de direction et de responsabilité dans les administrations et sociétés d’Etat, de l’attribution des marchés publics, de l’affectation des bourses nationales ou étrangères pour les études ou la formation professionnelle, de la répartition des infrastructures de base, de l’allocation des aides publiques aux paysans, artisans et artistes, aux personnes handicapées, aux malades indigents et autres couches sociales démunies, …

Comment en est-on arrivé à des injustices sociales d’une telle ampleur ?
Les anomalies qui infectent la répartition des ressources nationales sont dues au fait que le régime en place continue, comme au temps du système à parti unique, à confondre l’habilitation à gérer les ressources nationales et le devoir institutionnel de les répartir équitablement entre les diverses localités et couches sociales de citoyens, quels que soient leurs bords d’appartenance politique ou géo-ethnique.

C’est le lieu de souligner que la bonne gouvernance des ressources nationales n’est pas une question de projet de société dont la réponse pourrait varier suivant que c’est telle ou telle formation politique qui est au pouvoir. Quel que soit le parti qui gouverne, il est tenu de s’y conformer.

Cela étant, à supposer que le RPT, puisse persister à se servir des instruments d’Etat pour conserver le pouvoir, il est en tout état de cause, inadmissible qu’il refuse de prendre les mesures institutionnelles nécessaire à une répartition équitable les ressources nationales. Face à un tel refus, la résistance ne saurait être une affaire incombant uniquement aux partis d’opposition. L’ensemble des citoyens, qu’ils appartiennent à des partis politiques ou à des organisations de la société civile, sont interpellés parce qu’ils en sont tous victimes.

Le pouvoir en place doit en tenir compte afin que le dialogue en perspective serve à trouver des solutions aux défis sociaux auxquels le pays est confronté.

Compte tenu de la position de force que le parti au pouvoir occupe aujourd’hui sur l’échiquier politique, cet appel a-t-il des chances d’être entendu ?
Permettez que je me répète. Il est normal que la version démocratique de la loi « du plus fort » serve au choix des citoyens habilités à gérer les ressources nationales. Et lorsqu’il s’agit de répartir ces ressources entre les citoyens, on ne peut pas s’en prévaloir pour justifier les privilèges discriminatoires dont jouissent ceux d’entre eux qui relèvent du bord politique ou ethnique des tenants du pouvoir. La loi du plus fort est incompatible avec l’exigence de la bonne gouvernance. Tant que le régime ne s’en départira pas pour concéder les réformes nécessaires à l’éradication des frustrations, on ne voit pas comment notre pays peut accéder à la cohésion sociale et à la stabilité politique durable qu’il lui faut pour s’attirer les gros investissements, indispensables aux secteurs vitaux de l’économie nationale. Et si l’APG a estimé nécessaire de remédier à ces frustrations, c’est parce qu’il est tant de traduire dans les faits, l’article 11 de notre constitution : qui dispose que « Nul ne peut être favorisé ou désavantagé en raison de son origine familiale, ethnique ou régionale, de sa situation économique ou sociale, de ses convictions politiques, religieuses, philosophiques ou autres».

Le régime ne peut pas continuer à protéger les privilèges d’une minorité, aux dépens de la plus grande partie de la population en privant le pays des opportunités de développement que le dialogue à l’horizon peut apporter.

J’en suis d’autant plus convaincu que les considérations qui servaient de prétexte à ces privilèges sont en train de disparaître. De nouveaux types de rapports sont en train d’être tissés entre des acteurs politiques qui constituaient hier des épouvantails les uns pour les autres. Par l’effet de la misère sociale généralisée, les Togolais se sentent de plus en plus les mêmes. Il suffit de traverser le pays du nord au sud pour s’en rendre compte. Partout les problèmes sont les mêmes. Personne n’a aujourd’hui intérêt à entretenir des obstacles à des réformes à opérer au profit de l’ensemble de nos populations.

Quelles sont concrètement les réformes que votre parti le CAR propose pour mettre fin au mal togolais ?
Dans sa plate-forme du 19 août 2010, pour la refondation de la République, le CAR a déclaré qu’il versera ses propositions au dossier des discussions nationales une fois que le cadre sera défini. Le président du parti rendra alors compte au public. Je me garde donc pour le moment de les divulguer. Tout ce que je peux vous en dire pour l’instant, c’est que les solutions proposées sont à la taille des problèmes sociaux à résoudre.

Les situations d’injustice sociale que vous avez dépeintes ne sont elles pas en partie imputables à l’opposition qui aurait pu changer le cours des choses ?
Les injustices sociales n’auraient effectivement pas tant perduré si l’opposition n’a pas eu bien des fois en son sein de divergences de vue sur la question de savoir s’il faut mener de front la lutte pour les réaménagements du cadre électoral et celle pour des réformes visant à améliorer les conditions de vie des populations ou s’il faut les focaliser uniquement sur les revendications d’ordre électoral. J’ai été, pour ce qui me concerne, de tout temps, en faveur de la première option pour en avoir vu les effets bénéfiques à travers l’enthousiasme suscité au sein des populations par les retombées sociales du processus démocratique au début des années 1990.

Quelle stratégie l’opposition pourra-t-elle, cette fois-ci, utiliser pour contraindre le pouvoir en place à faire des concessions susceptibles de régler les problèmes auxquels le pays est confronté ? Ira-t-elle à ce rendez-vous en rangs dispersés ?
La question est davantage du ressort des organes dirigeants du parti. Tout ce que je voudrais en dire pour le moment, c’est que l’opposition ne peut pas se permettre de faire de la peine aux populations en allant à ce rendez-vous en rangs dispersés. Le CAR doit y œuvrer et agir en sorte que les formations de l’opposition, qui viendraient à être retenues comme parties prenantes au dialogue, s’accordent entre elles pour faire inscrire à l’ordre du jour, les réformes aux enjeux démocratiques et celles de nature à remédier aux discriminations en matière de répartition des ressources nationales et à la détérioration persistante des conditions de vie des populations.

Nous venons de faire une entrée dans la nouvelle l’année. Quels sont donc vos pour 2011.
Je souhaite que l’année 2011 constitue pour notre pays un tournant décisif qui libère nos populations des obstacles à la prospérité et au bonheur pour tous.
 
Tchanana (Togo, Lomé)
Le président d'Honneur du CAR a vu juste quand il dit que le Bien commun est accaparé par une minorité. Cela saute aux yeux, et ce qui fâche, c'est que ceux qui occupent des postes de responsabilité à la tête des grandes sociétés d'Etat et des administrations centrales sont le plus souvent tous du même bord géoethnique. Cette situation est dangereuse, parce qu'elle expose notre pays à des lendemains incertains. Le génocide du Rwanda est encore récent dans les esprits. Il a été la conséquence de la main mise pendant longtemps d'un groupe ethnique sur les richesses du pays.
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